Vers la disparition ou la refonte du Téléthon en 2011 ? Un danger important peut guetter les autres associations.


Tirelires.jpegLa rumeur n’en n’est manifestement plus une. Nous vivons sans aucun doute cette année la fin du Téléthon dans sa formule actuelle bien connue des téléspectateurs.

Si la direction de France Télévision a affirmé n’avoir aucune volonté d’arrêter le Téléthon elle ne fait pas mystère qu’elle réfléchi à une nouvelle formule.

Si le terme reste élégant et courtois, il n’en reste pas moins que le but visé est de diminuer le poids du Téléthon au sein du média afin de favoriser l’ascension d’autres causes ou opérations comme le Secours Populaire, le Secours Catholique, la Croix Rouge…

Cette décision est la conséquence directe des déclarations très dures de Pierre Bergé, président du Sidaction, qui accusait le Téléthon de « parasiter la générosité des Français » ce qui a eu pour résultat du dépôt d’une plainte en diffamation de la part de l’AFM.

A la suite de cette polémique, le Premier ministre François Fillon a demandé un rapport au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Pour Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, il n’y a aucun soupçon qui porte sur le Téléthon mais il y a une nécessité de réaliser une évaluation de l’accès au média qui sera faite dès le dépôt du rapport du CSA.

Le CSA assure de son coté que l’AFM ne sera pas plus visée par ce rapport qu’une autre association, le but étant d’ailleurs d’offrir plus d’espaces à ces autres organismes caritatifs.

Le problème réside peut-être moins en une nouvelle répartition du temps d’antenne que dans le mode de fonctionnement jusqu’à présent proposé.

Il s’agirait en gros de réaliser, de créer un « pot commun » pour la recherche, à répartir entre plusieurs associations.

Tout ceci est très beau dans son concept théorique mais il existe un risque bien réel de générer un système nettement moins performant et plus inégalitaire que celui existant actuellement.

Il ne faut pas se leurrer, toutes les associations françaises ne pourront pas être éligibles, il faudra sélectionner les associations qui pourront bénéficier de cette manne globale et on risque vite de suspecter ceux qui seront en charge de ce choix de « favoritisme’ de la part des « exclus » qui seront les déçus de demain.

De plus, rien n’est moins évident que de savoir comment et sur quels critères se fera la redistribution des fonds récoltés. Tiendra-ton compte des heures investies par les bénévoles pour l’obtention de dons, du montant réellement récolté, des besoins de financement des associations, de la priorité à tel ou tel type de recherche, du nombre de membres affiliés à l’association ou d’une combinaison de différents facteurs ?

Selon que l’on appliquera l’une ou l’autre formule, le changement d’un seul paramètre risque fort de faire varier les résultats !

Voici sans doute un belle occasion de générer une foire d’empoigne entre les différents protagonistes qui se verront soit favorisés ou non par tel ou tel type de calcul.

Prenons un exemple : le Téléthon représente des milliers de bénévoles qui mettent au point des animations et évènements pour permettre une récolte de dons fructueuse. Rien n’est moins sur que ces personnes seront toujours intéressées par participer à ce type de marathon très éreintants au bénéfice d’un fonds global dont l’objectif final sera très dilué.

Ces milliers de bénévoles acceptent de s’investir pour la recherche touchant spécifiquement les myopathies et maladies rares. Il s’agit souvent de personnes ayant dans leur entourage direct ou indirect des cas de myopathes vivant des situations parfois dramatiques.

Rien n’est moins sur qu’ils déploient la même motivation et décident de continuer leur action bénévole dans le cas d’un « pot commun ».

Pour être très dur, il n’est pas du tout évident qu’un bénévole qui a envie d’aider la recherche au niveau des maladies orphelines ait envie de s’investir personnellement si l’argent récolté par son action risque d’être utilisé au bénéfice de patient atteints du sida et inversement ( même si les deux actions sont tout aussi importantes et louables ).

La perte de bénévoles due à cette image négative et trop floue d’un ‘pot commun » risque de n’être en rien compensé par l’arrivée de nouveaux bénévoles venant d’autres horizons. Il suffit de voir le mal qu’on les associations française pour trouver des bénévoles supplémentaires pour en être convaincus.

Autre problème : on sait que les donateurs soutiennent en général plus d’une action sociale ou humanitaire. Comme les récoltes de dons s’étalent sur toute une année il n’est pas rare de voir une personne faire un don pour le Téléthon, un autre pour le Sidaction, un autre pour la Croix-Rouge etc…

Le fait de réaliser une « grand-messe » commune risque de voir la personne faire son « don » une et une seule fois sans en augmenter le montant par effet de compensation.

Par exemple dans le système actuel un donateur peut verser 50 euros en février la même somme deux mois plus tard pour une autre association et trois mois après pour encore une autre cause…

Bref, le secteur associatif, plutôt que de récoler 150 Euros sur une période d’un an risque bien de ne recevoir du donateur que 50 euros en une seule fois !

Le donateur risque d’être conforté dans l’idée qu’elle a « bien agit » au profit des 3 associations qu’il soutient et rangera son portefeuille partant du principe qu’il a déjà « donné » pour ses associations préférées.

Cet effet pervers verrait donc un tarissement important des ressources financières à destination des associations ce qui pourrait s’avérer catastrophique pour l’ensemble du monde associatif !

La gestion d’une manne globale n’est pas non plus sans danger. Le risque de voir un saupoudrage des montants récoltés pour faire « plaisir » a un maximum d’associations risque bel et bien de diminuer radicalement l’impact et l’efficacité des aides.

L’exemple est très simple à comprendre : mieux vaut donner à un seul partenaire précis une somme de 100.000 Euros pour faire avancer la recherche que la somme de 100 Euros à 1000 partenaires qui s’occupent de divers types de recherche, ces 100 Euros n’ayant aucun impact réel pour faire avancer la recherche qui réclame par nature des sommes de financement importants.

Plusieurs structures risquent donc bel et bien d’affaiblir les moyens d’action de chacun. Personne ne sortant gagnant mais ou tout le monde est bel et bien perdant.

Un autre motif de prudence. Il est bon aussi d’analyser dans tous les pays voisins la façon dont se passe la synergie, le rapport entre les médias et causes défendues. Par exemple, en Belgique, les deux médias importants du pays ( la RTBF et RTL-TVI ) soutiennent aussi deux actions uniques : CAP 48 ( handicap ) et le Télévie ( Leucémie ). Les autres associations ont un accès également plus restreint et limité dans le temps et pourtant un pot commun n’est pas à l’ordre du jour.

De façon encore plus inquiétante, dans aucun Pays Européen ce système de pot commun n’a été retenu et il serait bon que la France analyse les raisons de ces voisins également. Si ce type de fonctionnement n’est pas retenu en Europe on peut se demander légitimement si la voie retenue est ben la bonne.

Dernier point qui pourrait aussi mener la France dans la mauvaise direction : si le système de pot commun est retenu pour la recherche médicale, pourquoi ne faudrait-il pas aussi l’appliquer aux catastrophes naturelles ? En gros, très souvent, la générosité des Français ne se manifeste qu’une ou deux fois dans l’année après de grandes catastrophes.

Si en début de cette année deux grosses catastrophes ont bénéficié de dons ( par exemple au Bangladesh et à Haiti ) qu’en advient-il pour les catastrophes arrivant en fin d’année ou le donateur estime déjà être intervenu suffisamment précédemment ? N’est-ce pas aussi injuste ? Ne faudrait-il pas dans cette même optique créer un fonds commun pour les catastrophes qui répartirait le produit financier entre toutes les catastrophes survenues pendant l’année civile ?

Bien sur tout le monde comprendra que ce système est inapplicable au vu de l’urgence des situations sanitaires … et pourtant cette injustice est quant à elle bien réelle !

Bref, si le fait de moderniser la relation Téléthon et média semblait bel et bien une nécessité au vu de l’usure du temps, le fait de changer de manière aussi substantielle le mode de fonctionnement de la répartition des dons et de l’accès aux médias télévisuels est peut-être un danger évident qui risque de tarir la source de financement de toutes les associations concernées.

Saupoudrage des moyens effectifs, dilution de l’image associée aux opérations caritatives, méthode de répartition des dons, sélection des associations éligibles et risque de perte de bénévoles, voila autant d’écueils qui risquent de revenir à la face des associations qui aujourd’hui rêvent d’un accès étendu aux médias et surtout d’une autre répartition des dons récoltés…

Il vaut mieux être très prudent et d’analyser dans le détail l’impact de ce type de mesure afin de ne pas croire nécessairement que la dilution du Téléthon dans un grand tout commun ne sera que bénéfique pour toutes les autres associations.

Parfois qui veut le plus récolte le moins … Cet adage était déjà bien connu voici des siècles et rien n’a réellement changé depuis ! Raison de plus de faire très attention aux portes que l’on ouvre et celles que l’on referme.

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Philippe Steinier a publié 3325 articles dans le blog Handimobility..

Président association Handimobility. Economiste - Licencié en sciences sociales

Article publié le : 08 novembre 2010 dans la catégorie Médias & Evénements

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