Come4 : le porno pour aider la cause du handicap ?

Come4 : le porno pour aider la cause du handicap ?



Come4 fait la polémique en liant pornographie, prostitution et cause philanthropique. Pour mieux comprendre le concept dans sa forme « business modèle », Come4 désigne un site internet (en devenir actuellement) intégrant des contenus sexuellement explicites ou les personnes peuvent télécharger, partager et regarder du contenu pornographique, des photos de nus artistiques et des vidéos « faites maison » gratuitement. Les revenus ainsi générés par la publicité, les bannières et éventuels dons sont ensuite réinvestis pour financer une sélection de projets solidaires. A ce titre, les fondateurs italiens du site porno à but humanitaire soutiennent le travail sexuel (relations via prostitution) à destination des personnes handicapées.

Le problème est qu’utiliser le matériel pornographique (même si les revenus gênés par cette industrie sont plus ou moins estimés à 100 milliards de dollars et ceci annuellement) et supporter la cause de la prostitution, c’est automatiquement considérer ces secteurs d’activité comme un business à part entière et rien d’autre. C’est comme si vendre des panneaux voltaïques et vendre du porno étaient sur un pied d’égalité en matière de business.

Pourtant, au-delà même du jugement moral que chacun peut (ou ne pas) porter sur le porno ou la prostitution, c’est oublier trop facilement les liaisons perverses et dangereuses qu’ont ces deux mondes liés au sexe avec les organisations mafieuses et la criminalité organisée souvent traquée pour trafic d’être humain.

Rien qu’aux Etats Unis (sans parler de la Russie ni de l’Europe) l’on sait que la Cosa Nostra américaine intervient dans l’extorsion de fonds, la drogue, la fraude financière, le prêt usuraire, le piratage des marchés publics amis aussi la prostitution et la pornographie. Croire que les « grands » labels de films pornographique échappent totalement à ce monde serait sans doute d’une naïveté assez exceptionelle.

Quant au mode de la prostitution, rien de plus reluisant également. Celle-ci n’est majoritairement pas occupé par des filles indépendantes et libres de leur choix mais bien par une véritable entreprise commerciale criminogène internationale. Par exemple, rien qu’en en France, on estime entre 15.000 et 18.000 le nombre de personnes concernées par la prostitution (Chiffre de l’Office central de répression de la traite des êtres humains – OCRTEH ). Rien qu’à Paris, les prostitué(e)s sont environ 4.500 sur la voie publique, dont près de la moitié sont des clandestin(e)s.

Le principe est bien connu, ces réseaux achètent des filles (généralement dans des pays de l’Est) qui se retrouvent sur le trottoir à Nice, quand elles pensaient travailler dans la couture à Paris. On kidnappe des filles en Europe, qui se retrouvent dans des bordels en Asie. On convainc des femmes, acculées par la misère, à quitter leurs îles exotiques pour venir se prostituer en Espagne.

Ceci pour bien comprendre que promouvoir la sexualité des personnes handicapées par un soutien financier (ou autre) en provenance d’un site internet pornographique est un raccourci bien hasardeux. Peux-ton faire du caritatif en se référant à un « produit » intégrant une composante d’activités mafieuses ou de traite des êtres humains ? Je vous laisse répondre personnellement à cette question.

De même, promouvoir constamment la vision que la sexualité d’une personne handicapée doit être « couplée » à la prostitution est simplement inacceptable (comme si une personne moins-valide était incapable d’avoir une vie sexuelle qui soit l’aboutissement d’une relation affective avec un ou une partenaire). Ceci même à l’heure ou même la notion d’assistance sexuelle est loin de faire l’unanimité dans le monde même du handicap.

Plus étrange est que le projet Come4 a été accepté sur Ulule (crowdfunding) qui représente quand même le premier site de financement participatif européen (voir ici la page et l’argumentaire lié au projet). Come4 a obtenu plus de fonds qu’il n’en souhaitait pour sa création vu qu’une somme de plus de 15.600 euros (sur 10.000 euros souhaités) a été levée (estimation mai 2013). Ce résultat assez surprenant est sans doute attribuable à une banalisation et à une normalisation de la pornographie sur internet mais… sans toutefois réfléchir plus en amont à qui profite ce secteur du business sexuel.

Signes des temps ? Déviance d’une société ayant estompé les normes et les barrières morales ? Sans aucun doute. Il était donc bon de rappeler cette notion primordiale : aucune cause ne peut être défendue si elle se base sur un business mafieux, lié aux cartels de la drogue ou à la traite des être humain. Le matériel pornographique et la prostitution, qu’on le veuille ou non, que l’on en soit adepte ou non trempe pourtant de très larges racines dans cet underground dangereux.

Rejeter l’aide caritative sur base du porno ou de la prostitution n’a rien avoir avec le puritanisme mais bien un rejet de toute activité financée (et ce même partiellement) par de l’argent sale généré par des réseaux mafieux ou de criminalité organisée. A l’heure ou notre société et globalement les réseaux sociaux parlent de plus en plus de citoyenneté, cela devrait être une évidence.

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Philippe Steinier a publié 3325 articles dans le blog Handimobility..

Président association Handimobility. Economiste - Licencié en sciences sociales

Article publié le : 28 mai 2013 dans la catégorie Société & Opinions

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