Sativex : de sérieux bémols après l'euphorie

Sativex : de sérieux bémols après l’euphorie


Décidément le cannabis thérapeutique et particulièrement son dérivé Sativex qui a reçu dernièrement son autorisation de vente en France n’en finiront jamais de faire parler d’eux. Après la période d’euphorie générée par l’autorisation à la vente du spray buccal Sativex, voici que les bémols fusent et que l’on déchante un peu.

Pour rappel, le Sativex est destiné à soulager les douleurs musculaires certains patients atteints de sclérose en plaques grâce à la présence d’extraits naturels du chanvre (Cannabis sativa L.), de CBD (cannabidiol) et de THC (Delta-9-tétrahydrocannabinol).

Pour bon nombre d’associations qui suivent de près l’utilisation des dérivés du cannabis thérapeutique (comme par exemple Principe Actifs), si la décision d’alignement de la France sur une directive européenne datant de 2001 est positive, un bon nombre de bémols doivent être apportés.

– L’autorisation de prescription ne débutera effectivement qu’en 2015, l’effet d’annonce de l’autorisation à la vente du Sativex provoque une grande frustration chez les patients souffrants.

– Au-delà de ce problème de timing, l’accès au Sativex ne bénéficiera qu’aux patients victimes de la SEP et seulement en 2ème intention. Il faudra donc que le corps médical atteste l’échec d’un premier traitement pour pouvoir passer au dérivé du cannabis thérapeutique. Cette procédure repoussera encore plus dans le temps le moment ou le patient pourra effectivement avoir accès au médicament.

– Certains médecins spécialistes et académies de médecine ont jeté un froid en mettant l’accent sur les effets à long terme du THC qui pourrait aboutir en fin de processus à générer une grande dépendance psychique, des problèmes cardio-vasculaires, une diminution des capacités intellectuelles voire des cancers testiculaires.. Voila qui tempère très vite l’enthousiasme du départ.

– L’extrême complexité apportée volontairement à l’obtention d’une prescription (réservée aux neurologues et médecins rééducateurs hospitaliers) risque encore de restreindre de façon plus importante l’accès du spray buccal désiré.

– Une fois la prescription obtenue, la « guerre » ne sera pas encore gagnée vu que celle-ci sera limitée à 6 mois.

– Dernier problème mais de taille, le prix de ce type de traitement anti-douleur. Le flacon de Sativex de 10ml qui permet de réaliser environ 100 vaporisations devrait être proposé au prix de 80 euros. En estimant que 5 vaporisations quotidiennes peuvent être nécessaires, un flacon durerait 20 jours, soit environ 1.500 euros par an. Ce coût important alourdira bien sur le déficit de l’Assurance maladie en faisant le bonheur des laboratoires pharmaceutiques concernés surtout lorsque l’on sait qu’à titre comparatif, LE BEDROCAN, une variété de chanvre vendue sous forme de fleur séchée coûte 8 euros le gramme.

On peut donc se demander si, le fait que les autorités françaises aient décidé de placer tellement de barrières et de limitations pour l’obtention réelle du Sativex, ne pousseront pas encore le patient douloureux à se retourner vers le marché noir (avec tout le risque sanitaire que cela comporte) ou vers l’usage de la plante elle-même achetée à la sauvette en rue ou encore continuer à se procurer chez les voisins européens aux législations plus libérales.

Il était normal de la part des autorités de placer des barrières de sécurité pour que le Sativex ne soit pas prescrit trop facilement n’importe ou, n’importe quand dans n’importe quelle circonstance mais à force d’alourdir le système et de placer des contraintes trop importantes on pourrait vite en arriver à faire prendre des risques au patient qui risque de se retourner vers le marché noir ou encore pis, vers l’achat frauduleux du produit sur Internet.

Comme le dit ce proverbe rempli de sagesse : « parfois le mieux est l’ennemi du bien ». Cela risque bel et bien de s’appliquer très vite à l’autorisation de mise en vente du Sativex.


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Philippe Steinier a publié 3325 articles dans le blog Handimobility..

Président association Handimobility. Economiste - Licencié en sciences sociales

Article publié le : 16 janvier 2014 dans la catégorie Institutionnel & Droit,Santé & Médecine

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