POURQUOI LES USA SONT-ILS A LA POINTE DE L’ACCESSIBILITE POUR PERSONNES HANDICAPEES ?

Pour l’Européen lambda qui se déplace avec un fauteuil roulant ou qui présente un handicap, il est toujours très surprenant ( Et agréable ) de voir à quel point le déplacement des personnes handicapées est facilité et « coule de source » sur tout le territoire US. Trottoirs surbaissés, bus et métros adaptés, société de taxi avec lift, entrées aménagées spécialement dans les lieux publics et privés, chambres d’hôtel de motels adaptés… Bref, la liste serait très longue à énumérer et l’on est bien en droit de se demander pourquoi nous ne bénéficions pas de ces avantages en Europe ou alors d’une façon ultra locale et limitée.

Il existe tout une série de facteurs externes qui expliquent ce phénomène comme des associations très actives qui s’apparentent à des groupes de pression, la présence de nombreux invalides de « guerre », une langue commune pour l’ensemble des Etats, des lois fédérales intégrées et coercitives, l’application des lois sans complaisance et des sanctions très répressives, un accès à la justice facilité ( qui nous fait parfois rire avec ses excès mais qui comporte aussi ces cotés positifs ), une conscience morale collective et un attachement aux valeurs civiques…

Mais avant tout il s’agit ici d’une conception particulière du handicap qui n’est pas celle de l’Européen et aussi d’une évolution historique précise..Tout a débuté vers 1970 :

Dans les années 1970, de nombreux Américains souffrant d’un handicap physique ou développemental se sont ralliés pour faire valoir l’argument selon lequel c’était plutôt à la société qu’il appartenait de faire tomber les obstacles les empêchant de participer pleinement à la vie civique de leur pays.

Ils voulaient avoir plein accès aux bâtiments publics et privés grâce à des rampes pour fauteuils roulants, des portes automatiques ou autres améliorations du même genre. D’une façon plus générale, les membres du mouvement embryonnaire en faveur des droits des handicapés voulaient les mêmes garanties pour leurs droits fondamentaux que leurs prédécesseurs du mouvement en faveur des droits civiques. C’est la que le combat ds personnes handicapées rejoint le dur combat des américains pour le respect de leurs droits civiques

Ce phénomène entraîne donc une adhésion incroyablement forte des populations valides vis à vis des personnes handicapées qui reconnaissent le combat mené… Une différence fondamentale avec l’Europe ou cette reconnaissance n’entraîne pas ce type d’adhésion et de buts communs de justice. Aux USA le combat du handicap est égal au combat des valides.. Une particularité unique.

Plusieurs lois fédérales ont peu à peu étendu ces garanties. La loi de 1973 sur la réinsertion interdit la discrimination « dans le cadre de tout programme ou activité recevant une aide financière du gouvernement fédéral », et la Loi de 1975 sur l’éducation des individus handicapés garantit que les élèves souffrant d’une infirmité recevront un « enseignement public gratuit approprié ».

La Loi en faveur des Américains handicapés étend ces garanties juridiques à l’emploi dans le secteur privé et à l’accès aux établissements publics. Le texte de loi adopté par le Congrès en 1990 est en grande partie le reflet de la Loi sur les droits civiques.

L’Article I interdit la discrimination lorsqu’il s’agit de l’emploi d’une personne handicapée qui peut assurer les fonctions essentielles d’une tâche si un aménagement raisonnable ne causant pas d’inconvénient majeur à l’employeur est fait. Cette protection s’applique aux procédures de demande d’emploi, à l’embauche et au renvoi, aux indemnités et à tous les autres termes, conditions ou privilèges liés à l’emploi.

ATTENTION : Avez-vous remarqué le terme d’aménagement raisonnable ? En Belgique une convention portant sur ce qu’est un aménagement raisonnable vient seulement d’être accepté ( Voir mon article à ce sujet ).. Preuve de notre retard immense pris en cette matière. De plus les moyens budgétaires n’étant pas ceux des USA, il est évident que les résultats risquent de ne pas du tout être les mêmes.

Continuons :

L’Article II interdit aux gouvernements des États fédérés et locaux d’empêcher une personne handicapée qui serait habilitée à recevoir les bénéfices de services, programmes ou activités publics d’y prendre part. Les transports publics sont de tels services et, en conséquence, la loi a donné lieu à la généralisation de l’installation dans les autobus d’une plate-forme élévatrice qui permet aux personnes en fauteuil roulant d’y monter.

L’Article III a trait aux endroits recevant le public, un terme défini de façon très spécifique dans le texte de loi qui couvre les hôtels, les restaurants, les salles de cinéma et de nombreux autres établissements. Les nouvelles constructions et toutes les modifications apportées aux anciennes constructions doivent répondre aux critères d’accessibilité. Il ordonne aussi que les obstacles physiques entravant l’accès des personnes handicapées aux établissements existants soient enlevés lorsque « cela est facilement réalisable ».

L’Article IV ordonne aux sociétés de téléphone de fournir des services adaptés aux malentendants et aux personnes souffrant d’un trouble de l’élocution.

De nombreuses réglementations ont été adoptées et affaires portées devant les tribunaux en vue d’établir des définitions précises des handicaps couverts et des aménagements raisonnables.

La Cour suprême a décidé que les personnes séropositives par le VIH étaient handicapées en vertu de la loi mais que les personnes dont l’invalidité peut être corrigée (myopie, par exemple) ou soignée avec des médicaments ne le sont pas.

Selon le Bureau du recensement, 51 millions d’Américains – soit 18 % de la population – sont handicapés d’une façon ou d’une autre, dont 32,5 millions gravement. L’ADA a transformé la vie de millions de personnes. De New York, où tous les autobus du parc automobile sont maintenant accessibles aux personnes en fauteuil roulant, à Little Rock (Arkansas), qui a construit près de 1.800 bateaux sur ses trottoirs entre 1999 et 2004, les villes des États-Unis ont pris les mesures nécessaires pour respecter les dispositions de la loi concernant l’égalité de l’accès pour les handicapés.

Cette forte adhésion du concept du combat reconnu entre valides et handicapés, une législation coordonnées et bien pensée, des groupes de pression ayant un accès facilité à la justice, une langue unique entre les Etats et une application des lois essentielles au niveau fédéral voila ce qui différencie les USA de l’Europe.

Chaque fois qu’un Pays se conforte dans une utilisation unique de sa langue, chaque fois que l’on jour la carte du régionalisme exacerbé et égoïste, plus on morcelle les moyens mis à disposition, chaque fois que l’on affaiblit l’Europe et les dispositions Européennes coercitives, tant que la justice sera rendue inaccessible aux plus faibles par son coût prohibitif et la lenteur de ses décisions, ce sont les personnes handicapées que l’on handicape toujours un peu plus !

Bon à savoir si nous voulons nous aussi un jour jouir du même droit et des mêmes facilités que les personnes handicapées vivant aux USA !
Peut-être un jour verrons nous de vrais groupes de pression européens émerger…

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Plus à propos de Philippe Steinier

Philippe Steinier a publié 3325 articles dans le blog Handimobility..

Président association Handimobility. Economiste - Licencié en sciences sociales

Article publié le : 25 septembre 2007 dans la catégorie 2007,Discrimination

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