L'histoire de John Merrick ou "l'Homme Elephant" de David Lynch

L’histoire de John Merrick ou « l’Homme Elephant » de David Lynch


Après nous avoir entretenu de la relation soin, soignant et soigné, Jean-Edouard Giuliani, Docteur en Philosophie de l’Université de Metz nous emmène à la découverte de l’histoire de John Merrick que l’on connait sans doute mieux sous le vocable d’Elephant Man, célèbre film de David Lynch.


Peut-on imaginer ce qui n’est guère imaginable. Ce qui apparaît, comme un phénomène, qui est hors du temps, hors de notre conscience d’humain est bien vrai. Peut-on comprendre ou essayer de comprendre ce phénomène qui nous donne matière à réflexions.

La notion de monstruosité dans une Angleterre en pleine révolution, emmène le spectateur dans un paysage sombre et lugubre et même lorsque l’auteur de ce très beau film tragique de David Linch. Nous sommes dans un univers où la notion de monstruosité fait rage et d’anxiété perpétuelle.

L’histoire en générale apparaît assez simple, le personnage principal est un homme sans visage, à l’allure très repoussante, on le voit dans une situation oh combien inconfortable, puisqu’au commencement de cette projection, nous voyons JOHN MERRICK, personnage principal, avec toute cette sensibilité que l’auteur a bien voulu lui donner.

Homme sans visage, il aura un allié en la personne de ce « bon docteur » qui voudra faire de notre héros, non pas un modèle, mais un homme, tout simplement. Un homme qui a le droit d’être considéré comme un autre, malgré cet handicap, qui finalement sans le vouloir, lui donne un statut de héros, malgré lui, puisqu’on le voit à chaque scènes. Sur le fond, LINCH veut faire passer le message que nous sommes toutes et tous enclin à un certain individualisme et surtout à une cruauté, sans pareille.

Car comment interpréter autrement ces scènes assez lugubres, voir monstrueuses, je pense en particulier à ce forain, qui se permet de mettre en pâture un homme, dont le visage est déformé. Nous sommes en pleine tragédie monstrueuse : aucune humanité, aucun sentiment se propage, à part celui de la pitié. Et puis, la chef de service de cet hôpital, qui jette un regard méprisant à cet homme, qui finalement, ne demande pas grand-chose, c’est d’être aimé tel qu’il est, et non pas comme cette représentation normatif que notre monde possède de l’homme !.

Notons également, l’attitude de ce personnel découvrant l’aspect physique, autre que celle des autres, inimaginable et complètement dénudée d’humanisme, voire morale envers John, notre ami ! Malgré cette différence physique, il saura très vite s’habituer à cette petite chambre que le médecin, lui attribuera, à cette nourriture, et même à cette infirmière qui rappelons- le poussa des hauts cris de frayeurs.

Quelle horreur de voir, en effet un homme complètement différent, un homme, qui a eu cette malchance d’être pas comme les autres, un homme venu d’une planète autre que la nôtre. L’infirmière n’est certainement pas la seule à pousser ces cris d’effrois, mais dame hypocrisie règne aussi dans cette époque où tout ce qui n’est pas anormal, revêt un événement, qui fait les commentaires de ces badauds «bien intentionnés »

Faut-t’il toujours être dans la normalité « encore faut-il savoir ce qu’est qu’être normal » Descartes, dirait : « je pense, donc je suis », dans cette situation, il ne faut certes pas penser, mais paraître ou plutôt apparaître comme quelqu’un qui possède aucun défaut, aucun stigmate, mais quel est l’être qui est dans ces cas-là ? Peut-on reprocher au bossu sa bosse, peut-on reprocher à cette femme qui est dans un fauteuil, de vouloir marcher et vivre comme les autres, ou encore à cet homme gourmand d’aimer les pâtisseries ?

Nous pourrions citer encore un autre exemple de ce type.

En ce qui concerne le directeur de l’établissement, il aura une attitude de rejet immédiat, mais toujours grâce à ce médecin, se rangera finalement à l’avis de ce dernier. Lors d’un conseil d’administration de l’hôpital ou plutôt de l’hospice, John Merrick se verra attribuer cette chambre qui est désormais son « chez soi » Homme sans visage, mais qui ne demande pas mieux de vivre son existence et ceci, malgré son handicap. On s’aperçoit que notre héros peut faire des miracles, il essaie d’articuler, car son ami protecteur prend le temps de l’écouter et surtout, de le comprendre.

Il y aura entre ces hommes une véritable complicité, et ceci grâce aux efforts de compréhension des uns et des autres. C’est ainsi, que le médecin, qui occupe une place centrale dans le film essayera de lui inculquer quelques rudiments de socialisation en essayant à maintes reprises de converser avec lui. La première fois, ce dialogue est un peu difficile, il y a naturellement cette peur, qui le tenaille, cette peur bien compréhensible lorsqu’on connaît le passé de JOHN, qui est carrément exposé devant la place public.

En ce qui concerne le « patron » de notre ami, car nous ne pouvons que lui témoigner que de l’amitié. Peut-on aujourd’hui tolérer de tels comportements ?. On peut aussi, se poser la question assez logique : Comment la justice à l’époque où se déroula le film n’ait eu aucune réaction, peut –on laisser impunie de tels actes dévalorisant l’être humain. Est t’on assez lâche pour laisser faire de tels choses à un être, sans défense. Certes John ne pouvait pas parler, donc pas se défendre, certes, il était « comme l’on dit maintenant « fragiliser » par son handicap », mais nul n’a le droit de porter préjudices morales à de tels personnes, qui existent, et peuvent faire des choses magnifiques.

Certes, nous sommes en 1884, en Angleterre où personne ne fait attention à personne : l’individualisme, la moquerie fait des ravages. Mais au fur et à mesure où le film se déroule, le spectateur s’aperçoit avec émoi, d’une modification sur le plan comportemental.

En effet, de l’homme sauvage, il deviendra un homme qui voudra faire des efforts pour s’exprimer, je prends l’exemple de la scène où notre héro se trouve dans la chambre « réservée aux personnes contagieuses, à ces êtres qui apprennent à mourir le plus dignement possible » David LINCH, peint avec brio, ce dialogue entre ces deux personnes, la réalité, entre une relation entre homme ; alors qu’à l’extérieur règne les méandres d’une société de bourgeois où règne terreur et incompréhension à tous les points de vue.

Nous sommes parfaitement dans une situation de dominants et de dominés. D’ailleurs, quelque part beaucoup moins visible, certes au jour d’aujourd’hui, de manière voilée, nous assistons à cette tendance, qui est, on le comprend néfaste à une société qui a des vues européennes.

Ce film donne matière à des réelles questions que se posent philosophes, certes, mais aussi sociologues, ou encore anthropologues, spécialistes de la compréhension de l’humain, spécialiste faut-il le rappeler de la compréhension des êtres fragilisés ou non. Est-ce ce que véritablement, l’humanité ressemble à une telle société de pouvoir sur d’autres hommes, je pose la question.

On trouve, en effet à travers ce film, une sorte de barbaries, quelque chose d’inhumain, comme l’est cet homme qui donne en pâturage cet être, devant cette foule ravie de voir un tel spectacle.

Le pire est que JOHN MERRIC, ne proteste pas, car il est « habitué à de tels comportements ». Où se trouve la raison, telle que la proclame Kant, où se trouve la conscience de Hegel, qui met un autre versant à ce terme. « cf la phénoménologie de l’esprit » on peut sans se tromper faire le rapprochement entre cette société, dont nous sommes les acteurs, et cette très belle œuvre de HEGEL, la phénoménologie de l’esprit. Alors quel est le message principal de cette œuvre, défiant la chronique lors de sa parution. L’auteur met en présence une démarche tout à fait intéressante, c’est une sorte de croissance de la conscience.

Il joue avec ce concept, pour nous dire que finalement, l’homme est capable de se mettre en valeur, à cette seule condition, qu’il soit conscient de son potentiel et surtout de ce travail, sur lui-même qu’il peut effectuer.
Il y a aussi cette ambiance londonienne, qui donne toute une symbolique à ce film, qui revendique non pas l’animalité, mais l’humain tel qu’il devrait être dans toutes nos civilisations. Même si ce côté naturel doit surgir de notre âme, il n’en ai pas vrai que l’esprit devrait être le complément pour que cet être puisse revendiquer son statut d’homme, et non celui d’animal peureux, comme nous le voyons dans ce très beau film. dont la question de la reconstruction de l’être apparaît comme la symbolique la plus marquée à travers cette histoire.

En effet, Heidegger, pourrait en être le scénariste, tellement que cette notion Heideggérienne apparaît.

Oui, reconstruction de l’être, car avec le temps, on s’aperçoit, qu’il est doué d’une intelligence, seul stigmate son apparence, et ceci personne ne lui pardonnera. Jusqu’à cette prise de conscience que l’homme quel que soit son apparence est finalement un être doué d’une volonté de se sortir de cette condition de cette condition d’homme sauvage. Heidegger, n’a-t-il pas dit cette phrase, à propos de l’esthétique « « la science du comportement sensible et affectif de l’homme et de ce qui le détermine », étant entendu que ce déterminant est le beau, que le beau peut aussi bien apparaître dans la nature qu’être issu de l’art, et que l’homme, s’il se targue souvent d’en être l’auteur, ne saurait refuser d’en être d’abord le témoin »

Ceci est l’une des premières questions. L’autre concerne naturellement le problème de la liberté de l’être. Nous sommes encore loin de prendre en considération de la fameuse phrase que Kant a prononcé lors du texte des lumière, « saper aude lèves-toi, et de son célèbre texte « la faculté de juger, parmi d’autres titres que nous offre ce philosophe de renommée mondial, que représente Emmanuel Kant, qui rappelons-le a sur le plan de l’esthétique, « puisque ce magnifique film, implique naturellement la notion de l’esthétique » a pour Doxa que tout regard jugement esthétique est automatiquement subjectif.

Pourquoi ? D’après l’auteur de la faculté de juger et autres textes, dont je ne vous ferai pas l’injure de citer, le regard de l’autre n’est certainement pas un jugement qui porte une universalité entre le beau et le laid. En effet, même si PLATON voit le concept du beau, comme une idéologie universelle, entre « le paramètre du beau et du laid », il semblerait que d’autres philosophes aient une opinion assez divergente sur cette question de l’esthétique.

Faut-il comprendre que l’individu lorsqu’il jette un regard sur son voisin, son jugement sur l’aspect physique est conditionné à des facteurs qui mettront celui qui observe dans une situation d’alternance entre le beau, et le laid sur la personne observée. Le regard que l’on porte vers l’autre est donc subjectif, il fait « ou devrait faire » référence à la notion de connaissance de l’autre, et certainement connaissance de soi pour porter un jugement sur cet être, dont le corps ne ressemble guère à la norme que notre société a pour habitude de voir.

En ce qui concerne Kant, d’après sa théorie sur l’esthétique « tout regard envers l’autre est subjectif et fait, naturellement appel à cette sensibilité »
Car comment ne pas être sensible aux images poignantes de ce film, en noir et blanc, qui est aussi le symbole d’une véracité sur cette société, dont les acteurs campe, des personnages assez typiques

Qu’est-ce à dire ? La déconstruction de l’être est de réduire celui-ci à une passivité, à une mélancolie, à un manque de droit à la parole. L’homme est influençable, cette affirmation personnelle, qui n’engage que moi, est démontrée dans ce film où on se permet de mettre à la vue de tous les passants, cet être déformé sans aucune défense, puisqu’il lui manque ce facteur important la parole, « bien que plus tard, notre héros apprendra à parler et de la même manière à exprimer ses sentiments. « Et acquérir une socialisation minimum pour vivre heureux.

Oui, je crois personnellement que JOHN MERRICK peut et doit être heureux, à partir du moment où l’entourage accepte cette différence morphologique, et que lui-même accepte ces gens qui l’entourent, dont l’ontologie fait défaut, aucun problème ne peut apparaître dans cette future relation. Certes, nous sommes assez loin de la notion du dasein, dont Heidegger met en évidence dans son livre « l’Etre et le Temps ou Zein und Zeint » . Il n’est pas utile que je dise que le dasein d’heideigger signifie « être-là

Par ailleurs, on ne peut pas taire la notion du « dasein » qui veut dire l’être avec : être présent dans cet entourage de john. Car certains textes viendront certainement appuyer mes dires, pour affirmer que tout homme peut se relever de sa condition de personne différente, il suffit de le vouloir et d’avoir conscience de sa personne ; et permettre de laisser entrer ce rayon de soleil que notre existence nous offre.

Bien des personnes souffrants d’un handicap, ont tendance de réduire leur handicap à une non mobilité, à un manque sur un plan fonctionnel, certes, nous pouvons comprendre cette réaction, cependant à partir du moment où l’homme a un projet « qu’il soit handicapé ou non », il pourra très vite se rendre compte, que chaque jour qui passe, il apercevra cette étincelle de petite joie offerte par je ne sais quel miracle.

Pour conclure : je dirai que les spectateurs sont émerveillés devant un film qui ressemble étrangement au texte de « La condition humaine de MALRAUX. Pourquoi faire cette comparaison ? Tout simplement que le film de DAVID LINCH est significatif d’une certaine condition humaine que les gens vivent au quotidien. Car, finalement, ne sommes-nous pas toutes et tous handicapés quelque part ? C’est sur cette question que je conclurais ce modeste texte.



Jean-Edouard GIULIANI
DOCTEUR EN PHILOSOPHIE UNIVERSITE DE LORRAINE


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Docteur en Philosophie - Université de Metz

Article publié le : 17 février 2014 dans la catégorie Société & Opinions

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