Kobo, Amazon, Sony : tous unis pour éviter l'accessibilité numérique des liseuses.

Kobo, Amazon, Sony : tous unis pour éviter l’accessibilité numérique des liseuses.


Les liseuses électroniques appelées également « E-Reader » sont de plus en plus utilisées dans notre société technologique. Il existe trois principaux acteurs qui se mènent une concurrence sévère pour la domination du marché : Amazon, Sony et Kobo.

Or, voici que ces trois grands acteurs viennent de s’allier au sein d’une coalition de fabricants d’E-readers (Coalition of E-Reader Manufacturers) afin d’essayer d’échapper aux obligations d’accessibilité numérique imposées par la FCC.

Vous avez dit FCC ?

La FCC est en réalité la Commission Fédérale des Communications américaine (Federal Communications Commission) qui régule le domaine des communications aussi bien au sein des Etats US qu’au niveau international.

Sont concernés la radio, la télévision, le cable, le satellite et les divers « devices » c’est à dire appareils de communication dont font parties les liseuses électroniques.

A ce titre, la FCC a mis en place le « Twenty-First Century Communications and Video Accessibility Act » qui a été voté par le Congrès des USA pour protéger et assurer que la population handicapée ou à besoins spécifiques sera apte à utiliser ces nouveaux moyens de communication (présents ou à venir) en toute accessibilité. L’exclusion d’un groupe social étant proscrit.

Ces dispositions sont divisées en deux grands secteurs

1 – Les produits et les services qui envoient et reçoivent des datas sur le réseau extérieur. Sont concernés par exemple les smartphones (bande de téléphonie et Wi-Fi ), les tablettes tactiles, les ordinateurs, les consoles de jeux, etc. C’est ainsi que ces appareils doivent embarquer des technologies permettant aux personnes atteintes de cécité de pouvoir utiliser ces « devices » sans problème.

2 – Les télévisions intelligentes (et autres appareils assimilés) connectées sur internet. La FCC s’assure par exemple que les personnes atteintes de cécité puissent utiliser les services de TV interactives mais aussi les futurs programmes comme ceux qui permettront d’envoyer aux Etats-Unis des appels d’urgence par l’intermédiaire de ces fameuses « TV intelligentes » .

Or c’est ici que le système coince, les producteurs de liseuses électroniques font valoir que si leur appareil peut se connecter sur le réseau WI-FI et donc l’internet ce n’est que pour télécharger les E-books qui ont été achetés sur un site web et non de traiter de l’information sur le Web.

Le Coalition of E-Reader Manufacturers formée par Amazon, Kobo et Sony clame haut et fort qu’ils n’ont pas à intégrer des fonctions d’accessibilité comme cela est imposé par exemple sur les téléphones intelligents, les tablettes tactiles…

Pourquoi?

Leur raisonnement est assez simple, les liseuses se distinguent de ces autres appareils par l’absence d’écran LCD, de caméra, d’applications de courriel et de messagerie . De ce fait ils ne devraient pas être tenu d’intégrer des fonctions d’accessibilité tel que la FCC le prévoit.

On aura compris qu’avant toute chose on tourne ici encore une fois autour d’une affaire de gros sous.

Il est évident qu’intégrer des technologies d’accessibilité va faire augmenter le prix de revient des objets communicants ce qui aura pour effet soit de diminuer la marge bénéficiaire du fabricant ou de pousser le prix de vente final vers le haut si le fabricant ne consent pas à rogner sa marge.

Et c’est ce dernier spectre qu’agite cette coalition en annonçant clairement que forcer les fabricants de liseuses à rendre accessibles leurs produits ferait grimper leurs prix au consommateur.

Ils demandent donc (euphémisme poli pour ne pas dire « exercent une pression de lobyiste ») pour que la FCC retire la liseuse de la liste des appareils communicants devant être rendus accessibles aux personnes ayant des limitations.

La FCC interpelée à ce sujet a recueilli les avis d’une masse d’internautes avant de remettre un avis qui est attendu par le monde du handicap mais aussi, on le comprend par les trois fabricants d’E-Reader

Le danger consiste en ce que si l’on regarde l’évolution des liseuses, on se rend vite compte que la tentation du fabriquant est souvent d’ajouter à celle-ci l’une ou l’autre fonctionnalité de surf sur le Web.

Par exemple mon Kindle (étant âgé de deux ans) dispose déjà d’un mini-browser pouvant aller consulter internet.

Evidemment ceci est tellement inconfortable (et malaisée à utiliser) que vous abandonnez vite l’expérience et utilisez votre tablette pour votre surf quotidien.

Il se pourrait donc que si les fabricants acceptent et donnent la garantie de ne produire qu’un appareil mono-usage, sans possibilité de surf mais dont le WI-FI ne servirait en effet qu’à télécharger un livre numérique que la FCC soit sensible à leurs arguments et accepte de sortir la liseuse du champ d’application des appareils à rendre accessible.

Tout le monde retient donc sa respiration, tant les fabricants que les utilisateurs

Pour en savoir plus :

Visitez le site de la Commission Fédérale des Communications américaine (FCC)

Tout sur la Twenty-First Century Communications and Video Accessibility Act


Plus à propos de Philippe Steinier

Philippe Steinier a publié 3325 articles dans le blog Handimobility..

Président association Handimobility. Economiste - Licencié en sciences sociales

Article publié le : 17 septembre 2013 dans la catégorie Accès à l'autonomie,Technologie & Futur,Technologie et Futur

Lectures complémentaires

    Partager cet article

    Laissez un commentaire