Handicap : faut-il des actions activistes plus "violentes" pour vaincre l'inertie politique ?

Handicap : faut-il des actions activistes plus « violentes » pour vaincre l’inertie politique ?


Dans le mode de fonctionnement optimal d’une démocratie, les groupes qui représentent des sensibilités sociales, économiques, culturelles différents (ou même le simple citoyen) transmettent aux élus de la nation leurs revendications aux autorités. A charge pour celles-ci de décider ou non de valider officiellement les action concrètes souhaitées. Le but ultime du politique étant d’agir efficacement, rapidement et ceci dans l’intérêt strict de la collectivité.

Oui, mais voila, entre ce schéma optimal et la réalité de terrain, on croirait souvent vivre sur deux planètes différentes. La politique liée au handicap en est certainement un des plus beau révélateur.

Pourquoi ? Le handicap ne touche qu’une petite partie des populations européennes (généralement 10 %), n’est pas nécessairement très intéressant économiquement parlant (le domaine crée plus de dépenses que de recettes) et n’a certainement pas le même aura médiatique que celui du Mondial de football ou du dernier épisode de Game of thrones !

Résultat ? La grande majorité des autorités sont loin d’être pro-actives dans le domaine du handicap et se font souvent tirer les oreilles en trainant en longueur des décisions simples à mettre en oeuvre. Désintérêt, impact des lobbies, autres priorités établies.. toutes ces raisons ont un impact totalement négatif sur la juste revendication et nécessité d’inclusion de la personne en situation de handicap dans la société.

Inutile de rappeler ce qu’est devenu après seulement quelques années l’esprit de la loi de 2005. Sans mesures de suivi efficaces, évoluant dans l’indifférence presque générale, déformée par l’action des lobbies, les autorités ont surtout été très efficaces pour… reporter les échéances à une nouvelle décennie sans que nous ayons la moindre certitude que de nouveaux reports stériles ne soient encore envisagés ultérieurement.

Cette inertie « démocratique » est peut être en train de faire éclore un autre type de relations avec les autorités, beaucoup plus conflictuelle, sous la forme d’un rapport de force par médias interposé.

La personne handicapée, son entourage, les associations concernées doivent-elles devenir des activistes radicaux de la cause du handicap pour enfin pouvoir bénéficier d’un minimum d’efficacité dans le domaine de l’inclusion ?

Cette nouvelle façon de générer une pression sur les autorités est particulièrement bien illustrée par la toute dernière action menée ce 18 juin 2014 par les adhérents de l’association des Paralysés de France (Délégation APF du Puy de Dôme) à Clermont-Ferrand.

En effet, les autorités, dans le cadre d’une expérimentation du Vipa (Véhicule individuel public autonome), avaient autorisé la pose de bornes spécifiques sur le site du CHU Estaing en octobre dernier.

Ineptie du test, ces bornes furent également placées devant les places de parking réservée aux personnes handicapées les excluant de tout stationnement adapté.

Il semblait dès lors normal d’enlever ces entraves au stationnement handicap immédiatement mais, strictement rien ne fut fait malgré des demandes insistantes en ce sens.

Las et furieux, les adhérents ont alors menacé de décapiter eux-même les bornes barrant l’accès aux places de stationnement. Ceci n’était manifestement pas une menace en l’air lorsque, les autorités se rendirent comptent que les intéressés étaient devant ces potelets munis de fumigènes, de scies à métaux et de tronçonneuses et ceci dans le but de montrer leur détermination à décapiter les bornes.

Si l’action s’est surtout limitée à mimer la découpe, les autorités comprirent très vite que la situation pouvait très vite passer à l’action concrète. Comme par magie, cette action médiatiquement marquante (démontrant le ras le bol de citoyens) a eu pour effet de voir ces mêmes autorités enlever les bornes incriminées le lendemain matin.

Ce qui a pris des mois via le processus démocratique traditionnel (pour aboutir à une absence d’action) n’a pris qu’un jour devant la présence d’activistes actifs et déterminés.

Et c’est sans doute la que ce situe le danger, si les autorités n’agissent plus efficacement dans le domaine du handicap alors le citoyen est prêt à commettre des actes plus « extrêmes » pour se faire entendre.

On risquerait dès lors de voir l’activisme radical se mettre très vite en place afin de créer non plus un climat propice aux négociations fructueuses mais bien au contraire, un climat de contrainte par la force.

Il n’est pas vraiment possible de blâmer réellement le citoyen qui passe de « l’autre coté de la force » mais ce système peut vite se radicaliser et devenir dangereux.

Certaines personnes excédées mentionnent maintenant le fait que si des personnes handicapées s’étaient enchainées aux bus ou avaient investi les voies de chemin de fer pendant plusieurs semaines, les autorités n’auraient peut-être pas pu reporter si vite et aussi facilement la mise en accessibilité de la France.

Lorsque ce type de raisonnement (qui consiste à promouvoir le fait que le citoyen a obligation de se mettre hors la loi pour obtenir le respect des promesses légales) se met en place, c’est que le système politique amorce une phase de déclin, s’enlise et perd dangereusement sa crédibilité.

Lorsque les autorités ne sont plus reconnues par le citoyen et que la crédibilité des discours officiels sont mis à mal alors l’activisme radical se met en place avec tous les dangers que cela représente tant pour la personne handicapée que pour le processus démocratique lui-même.

Plutôt que de critiquer ces actions musclées, les autorités ont alors obligation prendre conscience qu’elles sont généralement à l’origine du phénomène. Lorsque l’on ne veut pas voir une plante pousser dans son jardin, il ne faut pas préalablement en semer les graines.

Le report de l’accessibilité, les promesses non tenues, le désintérêt de certains, la pression des lobbies, l’ensemble de ces éléments sont à l’origine de la perte de crédibilité des autorités et de ce type d’action. Le ferment de l’activisme est peut-être mis en place, a savoir si les autorités s’en inquiéteront et prendront surtout les bonnes décisions, c’est une autre question…

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Plus à propos de Philippe Steinier

Philippe Steinier a publié 3325 articles dans le blog Handimobility..

Président association Handimobility. Economiste - Licencié en sciences sociales

Article publié le : 20 juin 2014 dans la catégorie Institutionnel & Droit,Société & Opinions

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