Grosse déception face à l'émission Controverse de RTL-TVI : Comment vivre avec un enfant handicapé ?

Grosse déception face à l’émission Controverse de RTL-TVI : Comment vivre avec un enfant handicapé ?


Dans le cadre de son émission CONTROVERSE la chaine de télévision privée belge RTL-TVI a organisé un débat portant comme titre « Comment vivre avec un enfant handicapé« . Si le thème était intéressant à plus d’un titre, il n’en reste pas moins que le débat fut ultra décevant à plus d’un titre.

Premièrement, on ne peut que regretter que RTL-TVI n’a pas pris la peine de rendre ce débat s’adressant en priorité aux moins valides accessible. Les personnes sourdes en furent purement et simplement exclues par l’absence de traduction LSF ou simplement de sous-titrages (même un peu différé vu son contexte de direct)

Deuxièmement, le Ministre des personnes handicapées Mr Courard fut particulièrement absent et silencieux tout au long du débat lorsque l’on aborda le futur des personnes handicapées, l’Administratrice de l’AWIPH, quant à elle s’est plus ou moins tenue à diffuser un message lénifiant du style « oui il y a des problèmes mais il a quand même beaucoup de choses qui vont bien » résumons : ne venez pas ici exagérer tout n’est pas si noir ! seule la Ministre de la Région Bruxelloise apportait un peu de concret dans cette grand messe (non pas médiatique) mais bien statique…

Le plus choquant fut d’entendre à plusieurs fois l’Administratrice de l’AWIPH se dédouaner de bon nombre de remarques justifiées en soulignant que l’institutionnalisation dépendait surtout en Belgique d’associations sans buts lucratifs (ASBL) qui étaient seulement subsidiées par l’AWIPH (ce qui est une réalité sen Belgique).

Si, problème il y a il est donc fort facile et aisé de rejeter la responsabilité des manques sur l’autre partenaire. On peut donc vite mettre en place le fameux système bien connu du « c’est pas moi, c’est l’autre! » menant ainsi à un phénomène bien connu en Belgique : la déresponsabilisation des autorités et la possibilité de rejeter les responsabilités sur des tiers.

Lorsque l’on fit remarquer que ce système faisait manifestement apparaitre l’absence anormale des pouvoirs publics en matière d’hébergement et de prise en charge du handicap (autre que subsides) et que cela pouvait être interprété comme un échec de la politique liée au handicap en Belgique, il y eu le plus beau silence sur la question qui se fit jour.

Lorsque l’on posa la question si le fait d’avoir six ministres qui s’occupent tous du handicap en Belgique n’était pas contreproductif et anormal, la seule réponse fut en résumé : « que voulez-vous c’est comme cela que fonctionne le cadre institutionnel en Belgique ».

De plus, RIEN ne fut dit au sujet des AVJ (ces systèmes de logements pour personnes handicapées pouvant bénéficier d’un service d’assistance intégré) et qui depuis des années stagnent et ne reçoivent plus aucun moyen budgétaire supplémentaire pour augmenter leur capacité malgré des listes d’attente interminables… Rien, nothing, le néant absolu. On aurait même dit que le système n’existait purement et simplement pas.

Notons que lorsque l’on parla de manque de moyen financier, la réponse de l’administratrice de l’AWIPH nous a décontenancé et déconcerté. En gros et en résumant il ne s’agirait pas d’un réel manque de moyens mais il faudrait peut-être mieux s’organiser en interne. Il fut assez comique de voir les regards incendiaires de certains responsables d’ASBL à ce moment précis !

Il ressort de ce débat un phénomène de grande lassitude et de grande déception.

Il apparait finalement qu’en matière de politique du handicap en Belgique que si des parents d’enfants handicapés ou des personnes privées ne prennent pas elles-mêmes l’initiative de mettre sur pied leurs propres structures permettant de loger et d’assister quotidiennement les personnes lourdement handicapées (par l’intermédiaire de la création d’une ASBL) et ne se battent jour après jour et plutôt pendant des années pour essayer de la faire subsidier ou financer que rien n’avancerait .

L’institutionnel donne ici l’image d’un pouvoir uniquement subsidiant, frileux, sans réelle motivation pour assigner des buts clairs, précis et des mesures de développement en la matière.

Lors que l’on entend que pour une trentaine d’admission il y a derrière une liste d’attente de près de 200 personnes qui ne trouvent aucune solution pour leurs proches handicapés il y a de quoi se révolter.

Un moment fort du « spectacle » fut sans doute celui ou l’on parla de la problématique de l’arrivée de bon nombre de résidents handicapés français au sein des structures belges. Il y eu une belle démonstration chiffrée et évidemment contradictoire et non partagée ou les participants semblaient ne pas utiliser les mêmes mode de calcul.

Pour les autorités il apparait que le flux inter-frontalier est positif en terme de maintien de l’emploi en Belgique et que le montant de la subsidiation de l’Etat français ne rapporte pas d’avantages financiers complémentaires et significatifs à l’institution belge. Pour ces dernières, il semble bel et bien que les résidents français sont nécessaires pour la survie de leur activité vu la faiblesse de l’intervention belge.. Allez comprendre !

Seul hic dans cette logique c’est qu’en parlant uniquement d’un résident handicapé qu’en terme de neutralité financière on en oublie de dire qu’il existe une limite « physique » à l’accueil : que le nombre de places disponibles en institution n’est pas extensible à l’infini ! On ne pourra jamais loger que 30 personnes dans un établissement de 30 personnes et il faudra donc débouter de très nombreuses demandes sur des listes d’attente déjà bien remplies !

Comprenez-nous bien, nous avons toujours pensé qu’une personne handicapée habitant au sein de l’UE a le droit inaliénable de se faire héberger partout en Europe et ce dans le cadre de conventions inter-Etats mais si la capacité d’hébergement de s’adapte pas à ce type de flux migratoire, alors, la politique nationale du logement des personnes handicapées fonce droit dans le mur en excluant bon nombre personnes, en les plaçant sur liste d’attente et en générant une réaction de nature xénophobe !

Bref il ne reste ici qu’un débat vide ou l’on fut frappé par l’inertie politique à l’inverse du courage (parfois désabusé) de parents dans la détresse qui sont dans une telle situation qu’ils doivent eux-même créer leur propre structure d’accueil.

Est-ce normal dans notre système politique ou l’on est en droit d’attendre un investissement pro-actif des autorités en cette matière ? Certainement pas ! Hier on fut placé dans un débat qui prouve bel et bien que le monde du handicap en Belgique risque bel et bien de rester le parent pauvre de la politique belge, une politique sans grande ambition… Ne soyons pas ici populiste : notre système n’est pas le plus mauvais du monde mais il est loin, très loin d’avoir acquis ses lettres de noblesse !!!! Il faut avoir le courage d’en faire le constat : le manque d’ambition est manifestement une continuité au sein des divers pouvoirs qui se succèdent !

Nous aurions aimé un Ministre Courard mettant les « pieds dans le plat », incisif avec des idées précises quant au futur de la politique du handicap nous faire part de ses réflexions et des balises et des objectifs qui sont à atteindre…

Nous aurions aimé voir une administratrice de l’AWIPH lancer un appel au politique pour débloquer des fonds, rendre plus performant la politique du handicap, relancer le secteur des AVJ et de l’assistance aux personnes handicapées…

Nous aurions aimé voir ces diverses autorités « secouer le cocotier »..

Il n’en fut rien juste parfois une petite bataille de chiffres, quelques paroles se voulant rassurantes mais étaient juste désuètes, on retiendra surtout l’étalage d’un manque d’ambition et une impression décevante que le tunnel n’aura jamais de fin…

Voila ce qui ressort de ce débat raté de RTL-TVI.

Seule la Ministre Bruxelloise présentait un profil volontariste et semblait ne pas avoir trop peur d’établir publiquement certaines vérités comme le fait qu’il reste inadmissible de voir des centaines de milliards d’euros englouti pour sauver le système bancaire de sa propre faillite mais qu’aucune hausse substantielle de moyens financiers n’est à prévoir dans le domaine du handicap.

Bref, une inertie des autorités freinant la détermination de parents pourtant confrontés à des problèmes extrêmes, voila l’arrière gout amer que nous laissera ce débat CONTROVERSE que vous pouvez visualiser ci-dessous !


Plus à propos de Philippe Steinier

Philippe Steinier a publié 3325 articles dans le blog Handimobility..

Président association Handimobility. Economiste - Licencié en sciences sociales

Article publié le : 11 mars 2013 dans la catégorie Institutionnel & Droit,Institutionnel et Droit,Médias & Evénements,Médias et Evénements

Lectures complémentaires

    Partager cet article

    Laissez un commentaire