Accessibilité : mur des cons ou résistance passive ?

Accessibilité : mur des cons ou résistance passive ?


Suite a sa campagne n’écoutez pas les lobbies.org l’APF du Gers a mis en place un « mur des cons » sur la place de la mairie d’Auch qui épingle les personnalités qui ont tenu des propos inintelligents voire vexatoires en matière d’accessibilité à destination des personnes handicapées et qui contribuent de ce fait à maintenir volontairement le concept d’une France inaccessible pour tous et donc inégalitaire .

En réalité ce « Mur des cons » n’est pas une grande première vu qu’il s’est inspiré du « mur des cons » du syndicat de la magistrature, dont la révélation avait provoqué un véritable tollé.

Reporter le concept pour épingler publiquement la tête des élus ou des représentants de fédérations professionnelles qui agissent avec mépris et cynisme pour maintenir leurs intérêts dans le maintien de l’inaccessibilité est en soit une excellente chose mais l’emploi du terme « cons » est peut-être plus sujet à caution.

Il est certain que si les personnes personnes handicapées semblent bel et bien utiliser ce terme peu charmant mais très parlant faut-il nécessairement qu’une association ou réanimation l’emploie sur un mur public ? La question est posée.

Lorsque l’on pense que la condition essentielle pour aborder une problématique (et souvent de la défendre avec efficacité ) est de veiller au maintien du respect des personnes, le terme de « cons » affiché sur un mur ne risque-t-il pas d’être contre productif en donnant une image trop « hargneuse » et revancharde du monde du handicap et ainsi empêcher par sa nature vexatoire toute possibilité de concertation avec ces personnages ?

L’APF à mon avis ne peut être rendue responsable de ce dépassement verbal car c’est notre société qui a besoin d’être choquée pour enfin accorder son attention sur une thématique précise.

D’ailleurs Anne-Marie Nunès, représentante départementale de l’APF dans le Gers a déclaré à ce sujet dans Faire face « C’est une manière choc d’interpeller les citoyens sur la question de l’accessibilité universelle et, plus largement, de leur permettre de bien comprendre le mépris dans lequel nous tiennent, nous les personnes en situation de handicap, certains de nos élus ou de représentants de fédérations professionnelles » ainsi que « Ce n’est pas l’expression « mur des cons » qui est insultante mais les propos que tiennent ces personnes« .

Si on comprend très bien la philosophie de la démarche, je ne peux que m’interroger sur la façon dont nous serons demain obligé de qualifier des « opposants à la cause du handicap ». En effet la société se lassant très vite des concepts sémantiques brutaux, il faudra toujours trouver des termes de plus en plus forts et vexatoires pour attirer l’ attention.

Aujourd’hui on y arrive en plaçant un mur des cons mais demain devront-nous créer un « mur des ultra gros cons » ou encore un « mur des débiles congénitaux » pour attirer enfin l’attention sur la cause du handicap.

Cette dérive sociétale du langage m’inquiète car elle risque de ne plus avoir de limite et de nous obliger à sombrer de plus en plus bas dans les termes vexatoire qui devront peut-être faire place par la suite à la vulgarité.

Maintenant, cette campagne aurait-elle eu le même retentissement auprès des médias si on l’avait de façon plus élégante baptisée « le mur de la honte » ??? Je ne sais pas, d’ailleurs lui aurais-je aussi accordé un article ?? peut-être mais je ne peux l’affirmer.

Bien évidement la question de sémantique paraitra à certain bien fade et superficielle par rapport au problème que nous devons vivre tout les jours : celui de nous voir refuser sans concession les mêmes droits à la mobilité que les personnes valides.

Bien sur c’est la campagne qui est primordiale mais parfois il est bon de s’interroger sur notre obligation de devoir toujours choquer pour se faire entendre.

J’ai toujours pensé qu’il existait une voie parallèle et sans doute plus efficace face au coté vexatoire. Cette voie c’est celle de la résistance passive.

Ce type de résistance a permis d’ailleurs a un très grand pays de s’affranchir de la colonisation du plus grand empire du moment. Ce pays c’était l’Inde face au Royaume-Uni et son leader charismatique en était Gandhi.

Je me demande quelle serait la réaction du public et des responsables politiques si un jour des personnes en situation de handicap agissaient de façon coordonnée pour s’enchainer aux abri bus ou aux portes des mairies, distribuer des tracts lors des meetings électoraux, bloquer tous les types de services inaccessibles ou de condamner les portes de toilettes inaccessibles aux personnes valides pour que nous soyons sur un pied d’égalité

Il serait malheureux me direz-vous d’en arriver à ce stade mais lorsque vous entendez par exemple ces magnifique phrases si choquantes comme par exemple celle de Paul Blanc demander publiquement « à quoi bon adapter un centre de canoë-kayak aux personnes handicapées ? » ou Cécile Duflot affirmer sans sourciller que « l’assouplissement des normes d’accessibilité doit être portée par les associations d’handicapés elles-mêmes » ou encore Jean-Claude Mathis qui déclare « Je vois beaucoup d’élus locaux qui se plaignent mais qui vont au-devant de problèmes, comme avec l’accessibilité des bâtiments. C’est une folie alors que rien ne nous y oblige encore.. » on est en droit de se demander si ce type de personnage ne pourra revenir un jour à la raison (même si je suis convaincu qu’ils pensent à 100% avoir raison) sans devoir recourir à ce qui fait le plus trembler tout type d’autorité sur ses bases mêmes : la résistance passive obligeant à agir concrètement sur un sujet essentiel de la société.

Bref le « mur de cons » risque peut-être de ne pas avoir de lendemain mais qui sait un jour ou l’autre une autre forme d’action plus dérangeante verra-t-elle le jour. On peut sans doute en rêver quoique parfois le rêve peut vite se transformer en réalité…

Quoi qu’il en soit et sur ces considérations nous soutenons entièrement la campagne http://www.necoutezpasleslobbies.org Quant à vous quel est votre avis sur ces différents types d’actions ?


Plus à propos de Philippe Steinier

Philippe Steinier a publié 3325 articles dans le blog Handimobility..

Président association Handimobility. Economiste - Licencié en sciences sociales

Article publié le : 21 juin 2013 dans la catégorie Enseignement & Travail,Institutionnel & Droit

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